Anne-Gabrielle Caron : une enfant de 8 ans sur le chemin de la sainteté

Le 7 décembre 2024, le diocèse de Toulon clôturera la première phase de la procédure de béatification d’Anne-Gabrielle Caron, fillette de 8 ans décédée en 2010. Son dossier, envoyé à Rome où il sera examiné en haut lieu, pose la délicate question des enfants saints.

Anne-Gabrielle s’est éteinte le 23 juillet 2010 à l’âge de 8 ans, après un an et demi de combat contre un cancer osseux rare et particulièrement douloureux. Petite fille au sourire lumineux et à la foi ardente, elle pourrait être un jour béatifiée – et peut-être ensuite canonisée – par l’Église catholique. Son diocèse, celui de Fréjus-Toulon, s’apprête à clôturer le premier acte de la procédure de béatification le 7 décembre 2024, après quatre ans de travail.

La cause a été ouverte près de huit ans après sa mort sous l’impulsion du conseil de la paroisse Saint-François-de-Paule, à Toulon (tenue par les Missionnaires de la Miséricorde divine, d’obédience traditionaliste en communion avec Rome), que la famille fréquentait. Une décision spontanée et unanime, que rapporte Pascal Barthélemy, le postulateur, c’est-à-dire celui qui a été chargé de mener cette première phase d’enquête dans le diocèse, laïc à la retraite. « À cette époque, les membres du conseil paroissial n’avaient pas la moindre idée de ce à quoi ça les engageait, raconte-t-il. Mais ils étaient portés par la conviction profonde qu’ils avaient fréquenté une sainte. »

« Accepter la souffrance sans la rechercher »

« Entre le début de sa maladie et la fin, elle a vécu une ascension spirituelle extraordinaire », témoigne cet ancien chef du groupe scout d’Anne-Gabrielle, mais qui ne l’a pas connue de son vivant. Comme postulateur, sa mission était de réunir les éléments permettant de justifier une béatification (ou canonisation) par l’Église catholique. Auprès de ceux qui l’ont connue, à commencer par ses parents, mais aussi d’autres témoins pertinents, dont l’identité doit rester secrète. Trois éléments doivent être prouvés : l’« héroïcité des vertus » de la fillette – c’est-à-dire le fait qu’elle a vécu une vie chrétienne particulièrement intense –, la « réputation de signe » – c’est-à-dire le fait que des fidèles considèrent avoir reçu des grâces par son intercession – et la « réputation de sainteté », c’est-à-dire le fait qu’elle est considérée comme sainte par un certain nombre de fidèles.

Le grand enseignement de sa courte vie réside dans « le fait d’accepter la souffrance et non pas de la rechercher », indique Pascal Barthélemy, pour ensuite « l’offrir à Dieu », toujours avec le sourire, « peut-être la marque particulière d’Anne-Gabrielle ». Cette piété bouleversante et cette forme de maturité face à la souffrance font écho à ce que beaucoup d’enfants malades peuvent vivre, comme l’illustrait le documentaire d’Anne-Dauphine Julliand Et les mistrals gagnants (2016). Cela relativise-t-il le dossier de béatification d’Anne-Gabrielle Caron ? Ou, au contraire, cela appuie-t-il sa cause, qui serait l’occasion de consacrer cette sainteté « ordinaire » de l’enfance sur les autels de l’Église catholique ?

Une vraie « liberté intérieure »

Conscient de la spécificité du cas en raison du jeune âge de la candidate à la sainteté, Pascal Barthélemy pose la question : « Des matériaux que j’ai réunis, peut-on déduire qu’elle a personnellement vécu cette montée vers la sainteté ? Ou est-ce le résultat d’un conditionnement, d’une éducation ? » De fait, ses parents et son entourage étaient très pieux. Pour le postulateur, au terme de son enquête, « la liberté intérieure » d’Anne-Gabrielle ne fait aucun doute, compte tenu du niveau de douleur qu’elle a expérimenté mais aussi de certains choix montrant qu’elle a créé un lien personnel avec Dieu et tracé son propre chemin.

Au-delà du cas personnel d’Anne-Gabrielle Caron, une béatification (et a fortiori une canonisation) est une façon de proposer une figure à l’ensemble des fidèles, au-delà du cercle paroissial, pour les édifier dans leur foi. L’exemple de la fillette peut-il parler aux chrétiens d’aujourd’hui ? « La fraîcheur et l’innocence d’Anne-Gabrielle, comme d’autres jeunes saints comme Carlo Acutis, peut faire du bien, dans une période de scandales, de difficultés et de tiraillements dans l’Église », estime Pascal Barthélemy. « Son cas pourrait aussi montrer qu’un enfant peut comprendre ce qu’est la sainteté et même y parvenir », ajoute-t-il.

Prochaine étape : l'attribution d'un miracle

Pascal Barthélemy a d’ailleurs consulté le dossier de béatification d’Anne de Guigné, conservé sous le secret au dicastère pour la cause des saints à Rome. Cette fillette morte en 1922 à 10 ans est l’un des premiers cas d’enfant en route pour la sainteté sans être martyr. La procédure a été lancée dès 1932 par l’évêque d’Annecy. Après une réforme de la procédure (afin que les minimums de durée exigés par l’Église pour l’exercice des vertus héroïques puissent être accessibles à de jeunes enfants), la fillette a finalement été déclarée vénérable par le pape Jean Paul II en 1990. Mais la cause de béatification n’a pas progressé depuis, probablement en l’attente de la reconnaissance d’un miracle – étape décisive pour être déclaré bienheureux.

Quant à Anne-Gabrielle, son profil de potentielle future bienheureuse sera désormais examiné par le Vatican, qui ouvrira la deuxième phase de la procédure. Là, le dicastère pour la cause des saints vérifiera la régularité de la procédure diocésaine et nommera un nouveau rapporteur qui sera chargé de statuer sur les éléments décisifs. Il faudra aussi attendre, comme pour Anne de Guigné, qu’un miracle lui soit attribué, signe que le culte de la sainte en devenir est répandu dans l’Église.