Le défi missionnaire du scoutisme catholique français
Pour la première fois, les aumôniers des trois mouvements scouts catholiques français sont intervenus au cours de l’assemblée plénière des évêques, mercredi 6 novembre, pour témoigner du rôle missionnaire de leurs mouvements d’éducation.
Penchée au-dessus du baptistère, Lou ne porte pas le traditionnel vêtement blanc, mais une chemise bleue et un foulard coloré. Pour son baptême, célébré au cours de la vigile pascale en mars 2024, la jeune fille de 13 ans a décidé de porter sa chemise scoute. « C’était important pour moi de montrer que c’est grâce au scoutisme que j’ai entendu parler de Jésus », explique Lou, qui est inscrite chez les Scouts et Guides de France, en région parisienne, depuis quatre ans.
Lou est l’une des 5 000 adolescents catéchumènes enregistrées en 2024. Parmi eux, nombreux sont ceux qui, comme elle, ont assisté à leur première messe au sein de leur groupe scout. C’est de ce phénomène que sont venus témoigner les aumôniers nationaux des trois mouvements du scoutisme catholique - Scouts et Guides de France, Scouts d’Europe et Scouts unitaires – auprès des évêques rassemblés pour leur assemblée plénière à Lourdes, mercredi 6 novembre.
Une première
Pour les trois mouvements, cette intervention commune est une première. « C’est nous qui avons demandé à rencontrer les évêques, assure le père Nicolas Burle, aumônier des Scouts Unitaires de France (SUF). Nous voulions contribuer à leur travail sur les questions de mission, en leur rapportant l’expérience vécue dans nos mouvements. »
Dans un contexte ecclésial de prime abord morose, en raison du climat de défiance lié à la crise des abus sexuels dans l’Église, et de la sécularisation de la société « qui ne fait plus forcément des paroisses des lieux de rassemblement », le scoutisme « apparaît comme un modèle de réussite », avance Xavier de Verchère, aumônier des Scouts et Guides de France (SGDF).
Une réussite, célébrée lors du 100ᵉ anniversaire des Scouts et Guides de France en 2020, ou du cinquantenaire Suf, en 2022, et accompagnée d’une croissance numérique importante. Aujourd’hui, près de 135 000 jeunes de 6 à 21 ans (et plus de 30 000 bénévoles adultes) sont membres d’un mouvement scout catholique, et par conséquent, en lien avec l’Église.
Une initiation chrétienne
Si les trois mouvements se fondent sur les mêmes principes fondateurs du scoutisme catholique français – posés par le père Jacques Sevin en 1920, à partir de la proposition de Baden Powell – le défi de l’évangélisation se pose différemment d’un mouvement à l’autre. Les Scouts et Guides de France par exemple, en tant qu’association membre de l’Organisation mondiale du scoutisme, ont l’obligation d’accueillir tous les jeunes, sans distinctions religieuses. « 45 % de nos adhérents sont non-baptisés », estime ainsi Xavier de Verchère, pour qui le projet éducatif reste clair : « Éduquer les personnes selon une vision chrétienne de l’homme, en acceptant tous ceux qui veulent vivre cette aventure-là. »
Aussi, selon les cultures propres aux unités, ou l’identité des chefs et cheftaines, l’initiation chrétienne des jeunes SGDF reste hétérogène. Peu de groupes vont, par exemple, à la messe tous les dimanches. Malgré tout, les unités gardent un lien privilégié avec leur paroisse, vivent des temps spirituels en camp, ainsi que des temps forts nationaux. Le pèlerinage annuel dans toute la France de la « lumière de Bethléem » est l’occasion d’organiser un événement de paroisse au moment de l’Avent, tandis que les messes prévues lors des rassemblements nationaux, proposent aux jeunes une liturgie adaptée.
À cela, s’ajoute une pédagogie pétrie de culture chrétienne. Le sens de Dieu se retrouve notamment dans une étape emblématique de la pédagogie scoute, la promesse, prononcée par chaque jeune et renouvelée tous les ans : « Aujourd’hui, devant vous, avec l’aide de Dieu et de tous et toutes, je promets de faire de mon mieux, pour servir mon prochain, œuvrer selon ma foi, agir pour un monde meilleur, vivre selon notre Loi, en fraternité avec les scouts et guides du monde. »
Côté Scouts d’Europe, comme chez les Suf, cette promesse ne peut justement être engagée qu’à la condition d’être au moins en chemin vers le baptême. « Chaque jeune est en effet appelé à devenir un jour chef de patrouille, c’est-à-dire responsable de son équipe », explique le père Yves Genouville, aumôniers des Guides et Scouts d’Europe. « En tant que tel, il a la charge de la formation spirituelle des plus jeunes qui lui sont confiés, et doit donc être baptisé. »
Cette condition n’empêche pas le mouvement d’accueillir des enfants ou adolescents de familles éloignées du catholicisme. Son réseau de patrouilles libres, coordonné au niveau national et particulièrement développé en zones rurales, compte « près de 10 % de catéchumènes », estime Yves Genouville. « Une autre forme d’évangélisation, massive, est à retrouver du côté des adultes », ajoute Nicolas Burle. Aux Suf, « 25 % des chefs et cheftaines n’étaient pas scouts dans leur enfance, ou ne proviennent pas forcément de familles chrétiennes ». En dix ans, les Suf ont vu leurs effectifs doubler, pour atteindre le chiffre de 35 000 adhérents.
À l’école, comme à la fac, il est donc toujours temps de ramener ses copains. « Les jeunes vivent d’abord du scoutisme. Le sens de Dieu, il est présent en filigrane, et apparaît naturellement aux scouts dans les jeux, la vie en équipe, le quotidien du camp », décrit l’aumônier des Scouts d’Europe. Il insiste : « Le scoutisme n’est pas là pour faire du catéchisme. »
La progression scoute : un parcours missionnaire ?
L’augmentation des catéchumènes amène tout de même les mouvements à se poser la question. « De plus en plus de jeunes demandent à faire leur baptême en tant que scout, témoigne Xavier de Verchère. Parce qu’ils sont éloignés de leur paroisse, et parce que c’est là qu’ils ont découvert Jésus, ils ne font pas la séparation entre leur progression personnelle et leur chemin de foi. »
Ces dernières années, les Scouts et Guides de France se sont donc penchés sur la question, et, plus particulièrement, sur leur statut canonique. « L’article 11 de notre statut indique clairement que nous sommes en capacité de préparer nos jeunes au baptême », affirme l’aumônier. Fort de cette reconnaissance, le mouvement a conçu un parcours spécifique et des fiches thématiques à destination de ses catéchumènes.
Il n’est pas rare non plus que des adolescents célèbrent leur baptême en uniforme scout d’Europe ou unitaire, bien qu’ils l’aient préparé au sein d’aumôneries. « Nous avons la chance d’avoir 95 % de nos groupes rattachés à une paroisse », explique Nicolas Burle. « Par ailleurs, il faut reconnaître que la progression personnelle proposée aux adolescents constitue déjà un parcours catéchuménal, dont les diocèses n’hésitent d’ailleurs pas à s’inspirer. »
Une progression personnelle qui fait ses preuves. Devant les évêques, les aumôniers ont rappelé les résultats de la récente étude de l’Ifop. Le sondage montre que 87 % des anciens scouts sont engagés dans des associations et deviennent des adultes « plus heureux » et « utiles socialement ». Un scoutisme missionnaire auprès des jeunes, qui sont donc appelés à le devenir ensuite.
Lou, qui entame sa dernière année chez les « bleus », la branche des 11-14 ans des SGDF, n’a pas attendu de devenir adulte pour partager sa foi. Dans son sillage, sa petite sœur prépare son baptême et sa mère, le sacrement de la confirmation.

