Les évêques catholiques du Kenya refusent les dons présidentiels pour préserver leur neutralité politique
Dans un geste fort visant à maintenir l'Église en dehors de l'arène politique, les évêques catholiques du Kenya ont récemment restitué des dons financiers offerts par des figures politiques de haut rang, notamment le président William Ruto et le gouverneur de Nairobi, Johnson Sakaja. Cette décision, annoncée le 14 novembre par la Conférence des évêques catholiques du Kenya (KCCB), reflète l'engagement de l'Église à rester neutre et à protéger le caractère sacré des lieux de culte.
Lors d’une déclaration lue dans toutes les églises de l’archidiocèse de Nairobi le dimanche 17 novembre, l’archevêque Philip Anyolo a rappelé la politique stricte de l’Église interdisant l’utilisation des rassemblements religieux à des fins politiques, rapporte gatewaynews.
« L’Église catholique déconseille fortement l’utilisation d’événements religieux comme plateformes d’autopromotion politique », a affirmé Mgr Anyolo. Il a exhorté les politiciens à s’abstenir de toute rhétorique politique dans les lieux de culte et a souligné que les dons reçus en violation de cette règle avaient été restitués.
Parmi les contributions remboursées figuraient :
- 200 000 KSh (environ 27 992 rands) du gouverneur de Nairobi, Johnson Sakaja,
- 2,6 millions KSh (environ 363 907 rands) du président William Ruto,
- ainsi qu’une promesse de 3 millions KSh (environ 419 893 rands) et un bus paroissial offert par le président à l’église catholique de Soweto.
Ces actions, selon l’archevêque, respectent non seulement les principes de l’Église mais aussi le projet de loi sur les appels de fonds publics de 2024, qui réglemente les collectes publiques.
Dans cette même déclaration, les évêques ont vivement critiqué le gouvernement kenyan, dénonçant une « culture du mensonge » et l’incapacité des autorités à tenir leurs promesses, notamment face à la flambée du coût de la vie et à une fiscalité accrue.
« Cette culture des promesses non tenues et des priorités mal placées est inacceptable et doit être combattue », ont-ils affirmé, appelant à une consultation nationale réelle pour résoudre les problèmes urgents.
Le vice-président Kithure Kindiki a réagi en accueillant favorablement les critiques constructives, affirmant que le gouvernement était prêt à écouter pour améliorer ses performances. Cependant, il a mis en garde contre tout discours visant à inciter plutôt qu’à dialoguer.
Une solidarité interconfessionnelle
La position courageuse des évêques catholiques a trouvé un écho auprès de l'Église anglicane du Kenya. L'archevêque Jackson Ole Sapit a soutenu leurs déclarations tout en critiquant les responsables gouvernementaux qui avaient qualifié ces critiques de « trompeuses ». « Insulter les dirigeants religieux est en soi un acte de malhonnêteté », a déclaré Ole Sapit, appelant au respect des institutions religieuses.
Un contexte économique difficile
Cette controverse intervient alors que le Kenya traverse une période de turbulences économiques. Les prévisions de croissance économique pour 2024 ont été revues à la baisse, passant de 5,4 % à 5,1 %, selon la Banque centrale du Kenya, en raison d’un ralentissement au deuxième trimestre de l’année.
Malgré ces défis, le président Ruto a défendu son administration avec optimisme. « Le Kenya n’échouera pas. Nous réussirons et confondrons les sceptiques », a-t-il déclaré lors d’une réunion avec son cabinet le 19 novembre.
Un signal fort pour l'avenir
La restitution des dons et les critiques ouvertes des évêques catholiques soulignent un désir croissant de préserver l’intégrité des institutions religieuses et de rediriger l’attention vers les véritables enjeux sociaux et économiques. Alors que le débat national s’intensifie, l’appel de l’Église à un dialogue honnête et constructif pourrait bien devenir un moteur essentiel pour un changement significatif au Kenya.

