Nigeria, Soudan, Mali : l’Afrique subsaharienne, foyer de la persécution des chrétiens

Dans son Index mondial de persécution des chrétiens publié chaque année, l’ONG protestante « Portes ouvertes » alerte sur une violence accrue envers les chrétiens dans le monde. En dix ans, les exactions envers les chrétiens convergent vers l’Afrique subsaharienne.

En ce début d’année 2025, 380 millions de chrétiens sont fortement persécutés. Soit plus de cinq fois la population française. Un chiffre accablant, qui a explosé depuis 2019 (245 millions de chrétiens persécutés), selon l’ONG protestante « Portes ouvertes » qui publie le 15 janvier son édition annuelle de l’Index mondial de la persécution des chrétiens. Ce dernier, élaboré chaque année depuis 1993, présente les 70 pays dans lesquels les chrétiens de toutes dénominations subissent pressions, discriminations, restrictions, exactions à cause de leur foi.

En 2024, 4476 chrétiens ont été tués en raison de leur croyance, un chiffre en légère augmentation depuis dix ans. « Dans la tourmente des insurrections djihadistes, sous les régimes autoritaires, ou au milieu du chaos des guerres civile, les minorités chrétiennes sont doublement vulnérables, et particulièrement ciblées, insiste l’ONG. Elles voient leurs droits fondamentaux bafoués en toute impunité. » Pour cette association internationale, les violences envers les chrétiens s’intensifient et deviennent de plus en plus brutales.

« Le foyer des persécutions se déplace sur ces dix dernières années, analyse Guillaume Guennec, directeur plaidoyer de Portes ouvertes. Si en 2015, la majorité des chrétiens persécutés étaient au Moyen-Orient, ils sont aujourd’hui en Afrique subsaharienne. »

Menace djihadiste

« C’est un cri d’alarme que l’on porte depuis quelques années, s’inquiète Guillaume Guennec. On perçoit dans cette région du monde une hausse continue de la violence. » La raison principale soulevée par l’ONG est l’explosion de la menace djihadiste depuis 2015. « Les islamistes profitent de l’instabilité politique pour étendre leur idéologie djihadiste et cibler particulièrement les chrétiens qui à la fois ne partagent pas la religion majoritaire et sont aussi des symboles de l’Occident. » Sur les 15 pays d’Afrique subsaharienne présents dans l’Index 2025, 13 ont des niveaux extrêmes de violence contre les chrétiens.

Au centre des préoccupations depuis quelques années, le Nigeria est surnommé par l’ONG « le pays aux milliers de martyrs ». En effet, depuis 2015, plus de 35 000 personnes ont perdu la vie simplement en raison de leur foi. « Ils ciblent les chrétiens, les pasteurs, les églises », soupire Ayuba Matawal, pasteur depuis 32 ans dans la région de Bokkos.

Sur les 4476 chrétiens tués dans le monde en 2024, plus de 3000 l’ont été au Nigeria. Ayuba Matawal a déjà perdu plusieurs de ses amis prêtres, assassinés par les extrémistes djihadistes. Il y a quelques semaines, il a dû négocier avec les terroristes pour faire libérer un de ses amis qui avait été kidnappé. « Je n’arrive pas à m’en remettre tellement c’était violent », souffle-t-il. Pour cet homme, qui prend beaucoup de risques à parler en son nom, la communauté internationale doit réagir pour protéger les chrétiens qui représentent 46 % des 223 millions d’habitants que compte ce pays le plus peuplé d’Afrique.

Au Mali, les chrétiens subissent les pressions des djihadistes. Autrefois réputé pour sa relative tolérance, le Mali peine à contrer la menace islamiste, notamment liée à Al-Qaida, qui descend vers le Sud depuis 2012, explique Portes ouvertes sur son site.

Voisin, le Burkina Faso traverse une crise sans précédent, alerte l’ONG. 40 % du territoire est sous le contrôle des terroristes, 10 % de la population est déplacée. « Les chrétiens paient le prix fort, poursuit-elle. Plusieurs attaques djihadistes ont visé directement les églises comme en février et août 2024. »

Plus à l’est, au Soudan, c’est aussi une crise majeure de déplacés qui se joue depuis le début du conflit armé en avril 2023 entre l’armée soudanaise et un groupe paramilitaire (Rapid Support Forces). Les églises sont occupées et bombardées, des chrétiens tués, sexuellement abusés et privés de leurs terres.

La République démocratique du Congo et le Tchad – qui fait son entrée pour la première fois dans les 50 pays où les chrétiens sont les plus menacés – n’échappent pas à la menace djihadiste qui sévit dans la région dans un climat général d’instabilité politique et sécuritaire.

En 2025, 30 pays sur les 50 de l’Index voient leur score de persécution augmenter. En juin dernier, lors de son audience générale, le pape François avait appelé les autorités et la communauté internationale à agir pour que cessent les violences. « Parmi les victimes, beaucoup sont des chrétiens tués en haine de leur foi. Ce sont des martyrs. »